Sylvain Maurice et Jean-Luc Lagarce

« L’Apprentissage » de Jean-Luc Lagarce mis en scène par Sylvain Maurice, avec Alain Macé. Spectacle joué aux Déchargeurs en 2008.

 

Article de presse – LAGARCE ET LA NOSTALGIE DU COMA

Par Daphnée BREYTENBACH
— 8 septembre 2008

 

Que ressent l’homme qui sort du coma ? Quels sont ses repères, ses impressions, ses peurs ? C’est le propos de l’Apprentissage, de Jean-Luc Largarce (1957-1995), requiem du malade qui redécouvre un monde devenu étranger. Sylvain Maurice, directeur du Centre dramatique national de Besançon (ville où Lagarce fonda sa compagnie, la Roulotte) puis directeur du CDN de Sartrouville, s’est emparé de ce texte. Il l’a d’abord monté, en 2004, sous forme de chantier, à Besançon. Il le présente aujourd’hui dans sa forme définitive, au théâtre des Déchargeurs à Paris.

Limite du burlesque. Sur la scène, un rideau blanc, évoquant certainement le rideau hospitalier qui sépare les patients, qui camoufle la douleur, l’agonie et la mort. Le comédien Alain Macé manipule ce rideau tout au long du spectacle, découvrant un plateau nu, où ne se trouve qu’une rampe de projecteurs, à même le sol. Alain Macé est seul en scène. Dans un jeu à la limite du burlesque, il susurre, se confesse, crie parfois, incarnant le malade qui observe, écoute, interroge, sous les yeux des spectateurs placés en surplomb, comme penchés sur le lit du malade. L’acteur a beau être debout, on l’imagine couché et on l’observe d’en haut à la manière du parent qui surveille le bébé dans son berceau ou de la famille qui voit le cercueil descendre dans la tombe. Le corps du personnage est devenu «trop long», lourd comme «un sac», vieux comme un «vieux devenu vieux sans qu’il le sache». Peu à peu, le malade va mieux, remarche. Revit ? La lumière du plateau change : le monde extérieur est cru, violent et sans saveur, même lorsqu’il s’agit d’une poignée de cerises. Contraste saisissant avec la douce pénombre de l’hôpital.

Pléonasme de l’émotion. Il ne se passe presque rien dans le texte. Tout est dans la façon juste de dire, de décrire. Alain Macé excelle dans cet exercice difficile, parvient à donner au personnage une dimension presque cynique. Son jeu cultive l’ironie et même une forme de rejet, comme pour éviter à tout prix le pléonasme de l’émotion.

Quelle leçon tirer ? Lagarce s’est-il moqué de la guérison parce qu’il se savait condamné ? Le personnage regrette de ne plus pouvoir entrer «dedans», fermer les yeux, ne pas entendre, ne pas comprendre. Il regrette l’état léthargique dans lequel il se trouvait.

Les yeux de Jean-Luc Lagarce se fermeront deux années après avoir écrit cet Apprentissage, en septembre 1995.

 

Consultez la page du spectacle Je ne me souviens pas 

 

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